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Full text of "PARTIE 01- Aux enfants - Jules Raymond Lame Fleury: La mythologie racontee aux enfants "

LA 



MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 



i m: l'Ame fleury 



NOUVELLE EDITION 



PARIS 

C BORRANI, LIBRAIRE-ÉDITEUR 
rue dm a*inTB-p£«xs, 9 

1S72 
GBORGB R. LOCKWOO» 



LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS- 

AUX ENFANTS. 



S'il vous est arrivé quelquefois, mes 
enfants, peu d'instants avant le cou- 
cher du soleil, de faire une promenade 
dans une belle campagne, pour y res- 
pirer l'air pur et embaumé d'une soi- 
rée d'été, vous aurez sans doute été 
charmés du spectacle que présente, à 
cette heure du jour, une nature riche 
et vivante. Le plus souvent ce sont des 
prairies «maillées de fleurs, de beaux 

M YïEQUXHB, HOCV. ÉDIT. 1 



2 AUX ENFANTS. 

arbres chargés de fruits presque mûrs, 
des bosquets ombragés où la chaleur 
du jour ne peut pénétrer; quelquefois 
on s'arrête pour admirer les flots trans- 
parents d'un grand fleuve, ou pour 
écouter le murmure de quelque joli 
ruisseau qui s'y jette; et tout cela est 
animé par de gras troupeaux qui vien- 
nent se désaltérer dans ces eaux lim- 
pides , et par Le chant de mille petits 
oiseaux qui, cachés sous la feuillée, font 
entendre u n gazouillement harmonieux . 
N'avez-vous pas senti, à cette heure, 
combien Pair était rafraîchi par le souf- 
fle léger du vent du soir? N'avez-vous 
pas remarqué, d'un coté, le soleil qui, 
déjà à demi caché sous l'horizon en- 
flammé, nous oblige encore à baisser 
les yeux, tandis que, de l'autre, la lune 
s'élève comme un grand plateau d'ar- 
gent dans lequel se réfléchissent les 
derniers rayons du couchant? Cela ne 
vous a-t-il pas semblé , comme à moi, 



ADX. ENFANTS- 3 

an spectacle magique et merveilleux 
doat vous ne pouviez, j'en suis sûr, 
détourner vos regards sans regret? 

Eh bien ! mes enfants, le tableau déjà 
si magnifique que nous offrent nos cli- 
mats l'est encore bien davantage dans 
les contrées de l'Orient, c'est-à-dire 
dans les pays qui sont du côté où le 
soleil se lève. Là, toute l'atmosphère 
parait enveloppée d'un voile de lu- 
mière; les flots de la mer, en s'agitant, 
semblent se couvrir d'étincelles; les 
regards sont frappés d'une riche végé- 
tation; une vapeur douce et rafrai- 
chîssante à la fois se glisse sous le feuil- 
lage des arbres; les fruits que l'on y 
cueille paraissent plus exquis, les mois- 
sons y sont plus abondantes, et non 
loin de là, comme pour mieux faire 
apprécier, par le contraste, les bien- 
faits dont la Providence a comblé cet 
heureux coin de la terre > s'étendent 
des marais fétides ou de vastes déserts 



4 AUX ENFANTS. 

desséchés par le soleil, sans arbres, 
sans verdure, où jamais une goutte de 
pluie ne désaltère le sol, et sur les- 
quels soufflent par intervalle des vents 
violents qui soulèvent des montagnes 
de sable. 

Aussi c'est dans l'Orient que l'aspect 
de cette nature si variée et si féconde 
a commencé à frapper les peuples qui 
n'avaient point, comme nous, le bon- 
heur de connaître et d'aimer le vrai 
Dieu. Ces hommes, tout grossiers qu'Us 
étaient, comprirent bientôt que ces 
merveilles, qui leur paraissaient si sa- 
gement réglées, ne s'étaient pas créées 
d'elles-mêmes et ne se conservaient 
point par hasard; mais, comme ils 
étaient fort ignorants, ils imaginèrent 
qne toutes les choses qui excitaient leur 
admiration étaient l'ouvrage de mille 
dieux différents. 

Ce fut ainsi qu'ils se persuadèrent 
que la terre qui les nourrissait était 



AUX ENFANTS. 5 

une bonne déesse f mère commune de 
tous les hommes; que la mer notait 
contenue dans son lit que par un dieu 
qui la gouvernait à sa volonté; que les 
fleuves qui arrosaient leurs prairies 
étaient autant de divinités bienfaisan- 
tes; que le soleil surtout, ce grand astre 
qui nous donne la lumière et fait mû- 
rir les moissons, était le dieu suprême, 
dont la lune, avec son disque d'argent, 
devait être la femme ou la sœur. Enfin 
if n'y eut pas d'extravagances qu'ils ne 
s'imaginassent et qu'ils ne crussent 
fort raisonnables. 

Une fois qu'ils eurent conçu cette 
idée, ils ne s'arrêtèrent pas là. Les bois> 
les champs, les profondeurs de la mer, 
les étoiles qui brillent au ciel et qui 
forment ce que l'on nomme des con- 
stellations , furent peuplés de divinités 
qu'Us multiplièrent ainsi à l'infini. Cha- 
que arbre eut sa déesse qui devait 
vivre et mourir avec lui; chaque mis- 



6 AUX ENFANTS. 

seau fut consacré par une naïade ou 
nymphe de Tonde, il y eut une déesse 
qui présidait aux fleurs, une autre aux 
fruits, un dieu pour les troupeaux. En- 
fin, il n'y eut bientôt plus un seul bien- 
fait de la Providence qui ne se trouvât 
placé sous la protection de quelque di- 
vinité, à laquelle on se hâta de donner 
une figure et de consacrer des autels. 
Or, jusqu'alors, la reconnaissance 
seule avait créé des dieux, la crainte et 
la souffrance en inventèrent d'autres. 
On éleva des temples à la mort, à la 
peste, à la guerre, à la tempête, à tous 
les fléaux qui désolent l'humanité et 
ravagent le monde. On adora des dieux 
méchants, comme on avait adoré des 
dieux bons; le mal fut personnifié par 
un culte comme le bien l'avait été. Les 
arts, inventions de l'homme, eurent 
aussi leurs divinités tutélaires; puis les 
hommes eux-mêmes qui avaient rendu 
quelque service à leurs semblables, et 



AUX ENFANTS. 



enfin, dans quelques pays, certains ani- 
maux nuisibles ou utiles reçurent les 
honneurs divins. Bientôt chaque peu- 
ple imagina des dieux particuliers qu'il 
adorait à sa manière, de sorte qu'en 
peu de siècles, il y eut sur toute la terre 
une infinité de divinités de tout genre, 
auxquelles on offrit des sacrifices, et 
pour qui Ton dressa des temples. 

À la vérité ces dieux-là , tout im- 
mortels que leurs adorateurs les suppo- 
saient, ne jouissaient pas pour cela 
d'une bien grande perfection. Ils 
étaient, comme nous autres hommes, 
sujets à la douleur, à la colère, à la 
faiblesse, à la maladie, au mensonge, à 
tous les défauts et à toutes les misères 
de notre pauvre espèce; on répétait sur 
eux toutes sortes de contes plus ridi- 
cules les uns que les autres, et dont le 
récit vous fera hausser les épaules, à 
vous qui n'êtes pourtant encore que 
des enfants. 



8 AUX ENFANTS* 

C'est l'histoire de ces dieux différents, 
du culte qu'on leur rendait, de la fi- 
gure sous laquelle ils étaient représen- 
tés, que Ton nomme la Mythologie, et 
que je veux vous raconter à présent, 
pour que vous puissiez mieux com- 
prendre plus tard quelques-uns des 
récits que vous trouverez dans d'autres 
livres. Cette histoire-là ne sera point 
vraie, je vous en préviens, et on lui 
donne avec raison le nom de Fa.%e; 
niais elle n'en est pas moins indispen- 
sable à connaître pour des enfants bien 
élevés, et je vous engage à l'écouter 
avec attention, parce qu'elle n'est pas 
moins instructive qu'amusante.